Des hommes, Laurent Mauvignier, Minuit
Par alain le Mardi 3 novembre 2009, 16:42 - lecture - Lien permanent

C'est ce qu'a fait Rabut, soixante ans, ancien de la guerre d'Algérie. Il s'est tu quand il est rentré, parce que c'était ce que tout le monde souhaitait : oublier, passer à autre chose. Il l'a fait en s'aidant de médicaments, en faisant des cauchemars.. Et puis, un jour, Bernard, son cousin qui lui n'a pas pu/su tourner la page, fait un geste qui fait tout ressortir : le départ, la vie en garnison, les relations avec les algériens, les harkis, les pieds noirs.. Mais aussi la sale guerre : les prisonniers torturés, les villages brulés.. Et la fin de la guerre avec ces français d'Algérie qu'on abandonnent, ces harkis qui sont sacrifiés..
"Je voudrais savoir si l'on peut commencer à vivre quand on sait que c'est trop tard"..
Un très beau livre, une écriture magnifique..
Ecouter ici la rencontre avec Laurent Mauvignier sur le site de Minuit.
Commentaires
Je crois que je vais céder aux critiques. Une fois n'est pas coutume !
Je n'avais pas lu les critiques. Juste les conseils d'une amie..
comme souvent, je n'ai fait qu'en parcourir quelques pages, mais pour moi, c'était d'assez loin le meilleur roman de la rentrée au niveau du travail sur la construction du récit et sur l'écriture... Dommage qu'il n'ait eu aucun prix...
Bonjour Michel. De toutes façons les prix littéraires...
Je n'ai pas lu Mauvignier. Cependant, je l'écoute et ressens un malaise, qui n'a rien à voir avec le roman, son écriture etc...Mauvignier a 42 ans. Il semble dire qu'il ne savait rien sur la guerre d'Algérie, que personne ne savait rien et ne pouvait rien savoir. Il la découvre...en 2009.
Il me semble que cet argument, très employé, est très pratique. C'est faux de dire qu'on ne savait rien sur cette guerre. Ceux qui ne savent rien sont parfois ceux qui ne veulent rien savoir. En 1954, j'avais 11 ans. 19 ans en 1962, donc.Certes, je vivais dans une famille très politisée et on parlait de la guerre chez moi. Mes parents lisaient la presse qui en parlait (France Observateur, l'Express)même si la censure s'exerçait. En 1962, je savais déjà beaucoup de choses sur cette guerre. En 1962, Panigel sort son film "octobre à Paris". Certes, il fallait être étudiants pour voir une copie de ce film, souvent saisie par la police à la fin de la projection. Mais nous sommes des milliers à l'avoir vu. Jean Marc Tenneberg avait enregistré des témoignages sur bande magnétique, sur ce qui s'était produit lors de ces mêmes événements. Nous sommes des milliers a avoir entendu Jean Marc Tenneberg. Pontecorvo sort le film "la bataille d'Alger" en 1966. Certes, certains cinéma refusaient de le passer, mais nous sommes des milliers à l'avoir vu. D'autres livres, d'autres écrits(peu nombreux, oui) existaient et un certain nombre de personnes ont lu, vu, écouté....bref, il y avait assez de voix pour que les événements 1954-1962 soient connus. Lorsque je pars en Algérie en 1967,(année de naissance de Mauvignier)pour essayer de comprendre de là-bas ce qui s'était passé, je le fais parce que je connais énormément de choses sur cette histoire et que ces événements me perturbent. Je ne pars pas comme ça, au hasard, au pif. Et bien évidemment, ces "choses" que je connais, je ne suis pas le seul à les connaître.
Alors, quand j'entends un homme de 42 ans dire ou laisser entendre qu'on ne savait rien, qu'on ne sait rien aujourd'hui, qu'il n'y a que des photos de famille en noir en blanc qu'on regarde et qui se taisent...ça me trouble...Cherche-ton à occulter sa mémoire, parce que ce serait gênant de se dire "si, on savait ou on pouvait savoir plein de trucs", mais on la fermait parce que c'était moins embarrassant.
Réécrire l'Histoire commence d'abord par dire "on ne savait pas ou on ne pouvait pas savoir". Bien sûr que la censure existait, bien sûr que le bourrage de crâne existait, bien sûr que....loin de moi l'idée de nier l'étouffement de cette période, mais je ne peux pas accepter non plus l'inverse : la page était vide et maintenant, on va essayer de la remplir.
Bonjour Slimane
Je n'ai pas entendu Laurent Mauvignier. Ce que j'ai vu dans ce roman, comme dans ceux sur la guerre 14-18, le retour des camps, c'est le poids de ce que l'on ne peut pas dire, partager..Un silence qui enferme, provoque la frustration...
Bonjour,
@Slimane: à mon humble avis, et je n'ai pas non plus entendu Mauvignier, mais son roman évoque plus le poids de cette guerre pour ceux qui l'ont faite, et cette énorme difficulté pour dire les drames et les horreurs qu'ils ont vu ou dont ils se sont rendus, parfois, coupables. Et je crois que ce silence très pesant est extrêmement réel pour ces ces gens là, et ce silence qui enferme, comme le dit Alain, est aussi très réel pour les enfants de ces pères là.
Ceci dit, je suis d'accord avec vous pour affirmer, a contrario de bon nombres de critiques à la mémoire courte, que Mauvignier n'est pas le premier à écrire sur le sujet, et que ce silence, cela fait maintenant déjà quelques années qu'on en entend parler...
Bonjour Alain, l'écriture est peut-être magnifique mais personnellement, je n'y arrive pas. Je ne comprends pas ce que je lis. Abandon. Bonne journée.
Ce n'est pas grave. Peut-être pas le bon moment..