La Mer pour horizon

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dimanche 27 février 2005

Lectures de temps de neige

"Les larmes de l'assassin" de Anne Laure Bondoux (Bayard jeunesse) . Ce livre est sélectionné pour "22vla les polars". C'est une fable humaniste : derrière la cuirasse de l'assassin, il y a un homme avec des sentiments. C'est le cas d'Angel qui parti ou bout du monde, en même temps qu'il assassine ses parents découvre en leur fils, Paolo, l'amour paternel.Très beau livre sur l'amour, la difficulté de le dire, de l'exprimer. Un livre aussi sur une société qui crée les assassins et qui s'en repait.

"Ensemble, c'est tout" Anne Gavalda, Le dilettante. Quatre personnes que la vie écrase vont vivre ensemble des moments de bonheur, de tendresse. Camille, jeune femme, très douée en dessin mais marquée à vie par la mort de son père, la maladie mentale de sa mère va retrouver le goût de dessiner au contact de Philibert, fils de nobliaux ruinés, bègue et encyclopédiste, de Franck, le cuisinier motard et de sa grand mère Paulette, adorable vieille dame qui ne veut pas mourir en maison de retraite. On retrouve l'esprit d'Emile Ajar ou de Daniel Pennac .

"Danseur" Colun Mac Cann, 10/18 : Histoire de R Noureiev racontée à tour de rôle par sa mère, sa première professeur de danse, sa femme de ménage, l'un de ses amis homosexuels.. L'histoire du passage de l'URSS refermée sur elle même à l'ouverture sur l'ouest, histoire d'un danseur passionné par son art, par la perfection mais aussi par l'amour des hommes.

jeudi 17 février 2005

Sideways

Encore une méprise, je croyais aller voir un film autour de la box taï et c'est un films sur des amateurs de vin américains. Film très sensible : amitiés, dégustations de vin, rencontre féminines. L'écrivain du groupe va "digérer" son divorce et rencontrer l'âme soeur, amatrice de vin elle aussi. Un plaisir d'entendre des américains parler de pinot noir, de merlot.

mercredi 16 février 2005

Paris, février

Trois jours sous la pluie, le vent .
Pleins de choses interressantes comme d'habitude :
- Découverte du Musée Dapper : avec la très belle expo SIGNES DU CORPS .
"Aujourd’hui, les interventions sur le corps révèlent une personnalité que l’individu, homme ou femme, s’est choisie et façonnée.
Expressions d’une esthétique autre, d’un désir de liberté, du souci d’afficher une différence, les signes du corps, irréversibles ou non, témoignent aussi d’une manière de vivre et de dire sa relation au corps.
Au sein des sociétés dites traditionnelles, les transformations corporelles ont parfois atteint un haut degré de sophistication. Imposées et subies, elles traduisent également le positionnement de l’individu dans la société."
- Beaucoup aimé aussi l'expo : "Une communauté de regards" Giacometti/Cartier Bresson
- Au Jeu de Paume, exposition plus dérangeante
de la photographe : Rineke Dijkstra.
"C’est d’ailleurs tout le mystère de cette artiste : elle fait des portraits, comme beaucoup de photographes n’ont jamais cessé d’en faire, elle maîtrise les procédés techniques qui sont ceux d’une multitude de professionnels de l’image, pourtant quelque chose propulse son regard plus loin que les autres. Dans cette part d’étrangeté dont Baudelaire disait qu’elle est inséparable de la beauté, un espace indéfini, où flotte la mise à nu de l’essentiel : la fragilité de la présence humaine."
- Impression terrible devant le Mémorial de la Shoah : Tous ses noms rassemblés sur ces murs . Leur seul cimetière..
- Interressante l'expo Pharaon à l'IMA : Ce qui m'a surtout frappé , l'affirmation que le rôle du pharaon était surtout là pour rassurer, maintenir une certaine permanence..
- Les deux films que nous avons vu méritent de ne pas être oubliés :
- Vera Drake de Mike Leigh : il n'y a que le cinéma anglais à savoir faire cela : Rien de trop, pas de caricature, pas de discours militant.. , pas de salauds.. Le flic, le juge..font leur travail sans excès. Vera Drake est une femme humaine au possible qui ne fait qu'aider des femmes comme elle le fait pour bien d'autres..
- "Tu marcheras sur l'eau" : film israelien, très humain aussi et très drôle. Comment un agent du Mossad hyper macho devient ami avec un jeune allemand homosexuel, petit-fils d'un nazi...

"La peur de l'autre sexe, compagne invisible du désir"

 Catherine Serrurier : "La peur de l'autre sexe, compagne invisible du désir"

LE MONDE | 15.02.05
Entretien avec cette conseillère conjugale et thérapeute de couple.

Dans votre dernier livre, C'est de ta faute ! (éd. Desclée de Brouwer, 162 p., 18 €), vous soulignez que les relations sexuelles sont par excellence le lieu du décalage entre les partenaires d'un couple. Est-ce à dire que quand le sexe va, tout va ?

Spontanément, je réponds oui ! Le sexe est un moyen d'expression extraordinaire, peut-être le premier. Si un couple parvient à bien communiquer sur ce plan-là, cela veut dire en général qu'il communique aussi verbalement et dans ses actes. La sexualité présuppose toujours une confiance, un abandon : lorsqu'elle fonctionne bien, c'est la preuve qu'il existe dans le couple une réelle harmonie.

S'il est un domaine, en effet, où la différence entre hommes et femmes s'exprime dans toutes ses contradictions, c'est bien celui-ci ! Et l'éternel malentendu entre celui dont la sexualité est "toujours prête" et celle dont les priorités sont ailleurs ne peut que semer ses graines de discorde. Surtout si l'on veut ignorer ces différences physiques et psychiques, et que l'on accumule autour de la sexualité des griefs respectifs liés à l'incompréhension du comportement de l'autre. Si on ne s'autorise pas à penser que cet autre-là, en apparence si familier, peut venir d'une planète différente de la sienne, c'est l'impasse !

Et cette différence fondamentale ne serait pas suffisamment prise en compte par les conjoints ?

Pas assez pour essayer de se comprendre, du moins chez de nombreux couples qui consultent pour mésentente... Je suis frappée de voir à quel point hommes et femme ne se connaissent pas, alors même qu'ils sont désormais élevés ensemble, depuis la maternelle jusqu'aux études supérieures. Ils ne connaissent bien souvent que ce qui les rassemble, pas ce qui les sépare. Et cette tendance est d'autant plus marquée de nos jours que la différence entre les sexes est devenue politiquement incorrecte, alors que tenter de la nier ne fait qu'amplifier les malentendus entre partenaires.

De manière générale, l'individualisme forcené de nos sociétés modernes a entraîné une intolérance croissante vis-à-vis de l'autre sexe, et une tendance de plus en plus marquée au désengagement. Je le constate chaque jour au travers de mes consultations : même lorsqu'ils sont liés par des sentiments d'amour, même lorsqu'ils sont de bonne volonté pour faire durer leur couple, les conjoints passent de plus en plus vite de l'état de partenaires à celui d'adversaires.

Et quels sont les objets de leur rivalité ?

Pour l'essentiel, le pouvoir que chacun exerce sur l'autre - pouvoir qu'aucune des deux parties, le plus souvent, n'accepte d'ailleurs de reconnaître ! Quand je demande : "Dans votre couple, qui a le plus de pouvoir ?", il y a généralement un grand silence... Comme si j'avais posé une question taboue, une question bien plus indiscrète que celle qui concerne les rapports sexuels. Et l'on me répond le plus souvent que le pouvoir, c'est l'autre !

Alors qu'il s'agit en fait, dans les couples d'aujourd'hui, de la chose la mieux partagée. La force physique de l'homme lui confère un pouvoir latent mais incontestable de domination, assorti d'un pouvoir de protection. Quant à la femme, elle possède l'immense pouvoir de la maternité, dont elle ne se prive pas d'user - sur ses enfants, voire sur son homme -, et même d'abuser... Sans pour autant en admettre la puissance.

De même, affirmez-vous, les femmes ignorent à quel point elles peuvent faire peur aux hommes...

Il s'agit d'une peur archaïque, très profonde et souvent inconsciente. Peur du sexe féminin, peur aussi du mystère que représente la femme... à quoi s'ajoute aujourd'hui la peur - presque consciente cette fois - des nouveaux pouvoirs de la femme. Mais les femmes aussi ont peur des hommes, et doublement : il y a chez elles la même peur archaïque, parfois très violente, du sexe masculin, ainsi qu'une peur sociale face au pouvoir traditionnel des hommes. Dans un couple durable, cette peur inconsciente que chaque sexe éprouve face à l'autre est une donnée de base. C'est la compagne invisible du désir, et elle n'est jamais indifférente à la genèse des conflits.

Peur, pouvoir, rivalité... Dépasser ces mouvements intérieurs permet-il d'éviter la guerre des sexes ?

Les dépasser, ce n'est pas toujours possible. Mais les reconnaître, les accepter comme tels, c'est déjà avancer d'un grand pas vers l'autre. De même est-il essentiel à la bonne santé d'un couple de préserver des moments d'intimité, de les programmer de façon volontaire - même si le repassage n'est pas terminé, même si le match à la télé va commencer. D'apprendre à se parler, à s'écouter. Avec une seule condition incontournable : le désir réel, profond, d'établir ou de maintenir une relation de confiance.

Propos recueillis par Catherine Vincent

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 16.02.05

 

samedi 12 février 2005

Heather Dohollau

Assisté ce soir à la projection du film de Roland Savidan : Heather Dohollau, la promesse des mots ..Miracle des rencontres.. C'était deux des trois invité l'an dernier au CESM pour le travail sur l'espace urbain..
Heather Dohollau nous avait alors écrit : "Saint-Brieuc est une ville riche en surprises, une ville rare, avec ses vallées, qui sont presque des gouffres, traversées par des ponts extraordinaires avec au loin une mer presque secrète mais dont la présence est toujours une découverte". Petite femme, très grande, capable de parler des couches de ses enfants et ensuite de philosophie.. "Cette lente démarche que nous entreprenions jour après jour pour être plus près des choses. Soudain, dans la douceur d'un matin, l'impossible bénédiction nous est donnée: la certitude que c'est notre manque même qui est à pénétrer. Et nous touchons de notre impuissance un pan de mur blanc. "
Dans le jardin échevelé
Les roses fleurissent
En haut d'un poirier

La beauté est un bien

La peur crée des lieux
Mémorables
Habités par des absents
Comme la mort elle donne
Le profil des choses
Et le havre de leur substance

Reste le rire des roses
Leurs volutes ardentes

Poèmes trouvés sur : http://www.remue.net/RK/HDaccueil.htm

mardi 8 février 2005

Quelques principes possibles pour une éducation démocratique par Philippe Meirieu

L'éducation n'est pas un processus de fabrication, mais l'accompagnement de l'émergence d'un sujet libre. C'est pourquoi aucun système éducatif ne saurait être astreint à une « obligation de résultats ». En revanche, il est astreint à une « obligation de moyens » et doit rendre compte de la manière la plus transparente possible de tous les moyens qu'il met en œuvre pour lutter contre l'échec scolaire générateur de détresse individuelle et sociale, qui compromet l'avenir de la société tout entière et génère, sur la durée, d'immenses coûts sociaux.

  1. Dans une société démocratique, l'éducation est consubstantiellement éducation à la démocratie : elle forme des citoyens capables de comprendre le monde, de définir ensemble le bien commun et de travailler à plus de solidarité entre les hommes et entre les peuples.

  2. L'éducation est une responsabilité collective à l'égard du futur. Elle conditionne l'avenir du monde. Les parents, les enseignants et cadres éducatifs, les associations, les hommes et femmes de communication, les artistes et, plus généralement, tout le tissu social exercent ensemble cette responsabilité. Dans une société démocratique « le projet éducatif » est affaire de tous et chacun doit y contribuer.

  3. En ce qu'elle conditionne l'avenir de la démocratie et la pérennité du monde, l'éducation ne peut être soumise à la logique marchande et aux intérêts à court terme des puissances économiques. En ce qu'elle se donne pour objectif la formation des personnes, l'éducation ne peut être soumise à l'obligation de résultats et son efficacité ne peut être mesurée en termes de performances.

  4. La qualité de l'éducation doit être évaluée en tenant compte des finalités de cette dernière. Outre les critères concernant le niveau scolaire des élèves, elle doit intégrer des indicateurs concernant la formation citoyenne : apprentissage de la décision collective et de la démocratie représentative, autonomie documentaire, esprit critique à l'égard des médias, initiatives solidaires, développement de la créativité.

  5. Si l'éducation n'est pas toute-puissante dans la mesure où elle s'exerce dans des contextes politiques et économiques déterminés, elle n'en dispose pas moins de marges de manœuvres réelles. Les éducateurs et éducatrices doivent identifier ces marges de manœuvre afin de pouvoir y développer une pédagogie de la liberté.

  6. Les parents sont les premiers éducateurs. Mais l'exercice de la parentalité ne s'improvise pas. Les évolutions actuelles de la structure familiale, mais aussi, plus largement, des situations sociales, imposent une réflexion sur les conditions d'exercice de la parentalité. Elles exigent des États le développement une d'une formation à la parentalité, en particulier en direction des populations les plus fragiles.

  7. Plus généralement, et pour faire face aux nouvelles données du monde contemporain, il faut promouvoir toutes les possibilités en matière de réflexion sur l'éducation : les parents, les enseignants et les acteurs sociaux de toutes sortes doivent pouvoir travailler ensemble sur des questions comme l'exercice de l'autorité et l'usage des sanctions, l'accès à la lecture critique, le bon usage des médias, etc.

  8. Dans l'ensemble des acteurs éducatifs, l'École détient un place spécifique : elle a pour mission de contribuer à l'émancipation des personnes par la transmission des savoirs. Cette émancipation s'effectue tout autant et indissociablement grâce à la nature des savoirs et à la manière dont ils sont enseignés.

  9. Les savoirs scolaires doivent permettre à l'enfant de comprendre le monde dans lequel il vit et, en particulier, de connaître toutes les étapes de la construction progressive de l'humanité : apparition du monde et de l'homme, développement des sociétés de droit, émancipation de l'homme à l'égard des forces de la nature, construction des savoirs par rapport à toutes les formes de superstition, reconnaissance progressive de la dignité de tous les humains, efforts des hommes en faveur de la solidarité et contre toutes les formes de repliement et de dictature. Cette évolution vers plus de liberté et de solidarité, ainsi que la lutte contre tous les obstacles qu'elle a rencontrée, constitue le fil directeur de l'élaboration des programmes scolaires.

  10. Ce fil directeur doit exister dès l'éducation enfantine qui doit devenir un droit reconnu par tous les états. La scolarisation de la petite enfance à partir de 3 ans est un moyen indispensable pour lutter contre l'inégalité des conditions sociales et des environnements culturels.

  11. Au cours de la scolarité obligatoire, l'éducation scolaire doit s'émanciper des découpages universitaires épistémologiquement légitimes, mais qui ne garantissent pas, s'ils sont simplement projetés dans l'école, la formation du citoyen. L'éducation scolaire doit partir des « problèmes » que tout citoyen doit apprendre à gérer et à résoudre et non des catégorisations disciplinaires sédimentées dans la sphère des savoirs savants. Les disciplines universitaires doivent donc être mobilisées comme des « disciplines contributoires » et non structurantes de l'activité scolaire.

  12. L'ensemble des savoirs scolaires peut être regroupé, d'une part, en deux grands types de « savoirs transversaux » : 1) Savoir communiquer par oral, par écrit, avec son corps, en utilisant des outils mathématiques, les technologies de la communication et au moins une autre langue vivante que sa langue maternelle. 2) Savoir créer avec des mots, son corps et toutes sortes de matériaux, à partir d'approches différenciées de démarches créatrices et de manière individuelle et collective. À travers ces deux champs de « savoirs transversaux » et en travaillant à leur formation, la scolarité obligatoire doit, d'autre part, s'attacher à trois champs de savoirs spécifiques qui conditionnent l'accès à une citoyenneté lucide et solidaire : 1) L'éducation à la santé, à l'environnement et au développement durable. 2) L'éducation scientifique et technologique qui permet de comprendre le fonctionnement et les dysfonctionnements des objets techniques usuels ainsi que les enjeux liés au statut et à l'usage de la science. 3 ) L'éducation à la citoyenneté par la découverte de l'histoire de l'émergence de la démocratie et l'expérimentation de ses principes et de ses modes de fonctionnement dans des cadres et sur des objets adaptés au niveau de développement de l'enfant.

  13. Les savoirs scolaires doivent être enseignés de telle manière que, dans l'acte même de leur enseignement, ils soient porteurs d'émancipation. Pour cela les savoirs ne doivent pas être présentés comme des essences éternelles et immuables mais comme des constructions des hommes dans le processus de leur émancipation ;

  14. Les apprentissages scolaires doivent permettre à tous les enfants d'apprendre progressivement à distinguer ce qui relève du « savoir » et ce qui relève du « croire », ce qui relève de « la connaissance » de ce qui relève de « l'opinion », ce qui relève de « l'objectivité scientifique » de ce qui relève de la « croyance personnelle ou collective ». L'école n'a pas à discréditer ce qui relève des choix personnels, mais à enseigner ce qui vaut pour tous. Cette distinction est fondatrice de la laïcité.

  15. Les apprentissages scolaires doivent également former l'élève à « penser par lui-même » et à résister à toutes les formes d'emprise des clans, groupes et tribus de toutes sortes. L'adulte doit aider l'enfant à résister à toutes les « pressions à la norme » et, en particulier, les pressions commerciales des marques.

  16. Les apprentissages scolaires doivent, plus généralement, permettre le développement de la pensée critique. Dans cette perspective, un sort particulier sera réservé à la lecture de l'image et à l'éducation aux médias.

  17. Les apprentissages scolaires doivent être effectués avec des méthodes qui respectent la dignité et la liberté de l'enfant. Au fur et à mesure qu'il grandit et qu'il peut l'assumer, l'élève doit être associé au choix de ces méthodes.

  18. L'École doit lutter contre la marchandisation des savoirs scolaires, en particulier à travers un combat contre l'hégémonie des notes. La prise en compte des progrès de chacun et du développement de sa personnalité doit entrer systématiquement en ligne de compte.

  19. Pour lutter contre la marchandisation des savoirs scolaires, l'École doit promouvoir « la pédagogie du chef d'œuvre » : les activités scolaires doivent être finalisées par des travaux personnels ou collectifs qui, poussés au plus haut degré d'exigence, permettent, à travers des tâches dans lesquelles les élèves s'investissent pleinement, de dé rencontrer des obstacles et d'élaborer des savoirs. Les enseignants accompagnent cet investissement en étant attentifs aux progrès réalisés par chacun. Ils peuvent utiliser des échelles de progression afin de permettre à l'élève de se situer au regard des exigences qui lui sont manifestées. En aucun cas, un travail ne doit « être payé d'une mauvaise note » et abandonné. Tout travail imparfait doit être repris et poussé à son terme.

  20. Les règles de fonctionnement de l'École comportent nécessairement une part non négociable (les missions de l'institution, les programmes, l'interdit de la violence, le respect des biens collectifs), mais elles comportent également une part négociable avec les élèves dans le cadre de dispositifs pédagogiques structurés et organisés par le maître (« conseil d'élèves »). Les adultes ont ici pour mission d'aider les élèves à construire « le bien commun » et à identifier les moyens de le faire respecter.

  21. Les sanctions ne doivent pas exclure. Car l'élève qui commet une faute s'exclut déjà par lui-même de la collectivité. Les sanctions doivent donc être conçues pour lui permettre de réintégrer le groupe et d'y retrouver une place en respectant les autres.

  22. La classe comportant un groupe d'élèves homogènes et de niveau identique n'est qu'une manière parmi d'autres d'organiser l'École. Il faut diversifier aujourd'hui les modes de regroupement afin de mieux répondre aux besoins des élèves : groupes de niveau et besoin, groupe d'activités, groupes d'appartenance, groupes de suivi, etc. Il faut également diversifier les situations de travail : enseignement collectif, travail en petits groupes, recherches documentaires, travail individualisé, ateliers de création, etc.

  23. L'École publique a la responsabilité de faire accéder tous les élèves aux savoirs qu'elle enseigne. Elle ne peut se contenter de dispenser des cours et de renvoyer leur appropriation au travail personnel de l'élève ou au soutien des parents. L'encadrement de l'étude fait partie intégrante de ses missions.

  24. L'École publique doit être à elle-même son propre recours : tout élève en difficulté doit pouvoir trouver dans l'École un dispositif et une personne capables de répondre à ses questions. L'École publique ne doit jamais renvoyer ses élèves et ses parents vers des structures privés ou vers le marché.

  25. Au sein de l'École publique, l'orientation des élèves ne doit pas se faire sur la base de l'échec dans certaines disciplines, mais dans le cadre d'une éducation au choix tout au long de la scolarité.

  26. L'orientation vers les filières professionnelles ne doit, en aucun cas, être proposée et vécue comme une sanction. L'École publique se doit de reconnaître la diversité des intelligences et l'égale dignité des voies de formation.

  27. L'École doit être accueillante envers les familles, même si celles-ci ne doivent pas se substituer aux enseignants. Les parents doivent toujours pouvoir obtenir l'information qu'ils souhaitent sur les activités de l'École et le développement scolaire de leurs enfants.

  28. Les évolutions et les réformes de l'École ne peuvent être imposées aux enseignants par les gouvernements sans consultation ni accompagnement formatif. S'il appartient aux gouvernements de trancher, en dernier ressort, du « bien commun », il ne peut considérer les enseignants comme de simples exécutants.

  29. Il revient aux pouvoirs publics de mettre en place les structures nécessaires pour détecter , analyser et faire connaître les travaux pédagogiques qui se déroulent dans les établissements scolaires. Il leur revient également de favoriser les échanges de pratiques et la mutualisation des acquis.

  30. La formation initiale et continue des enseignants doit être une priorité. Elle doit être organisée par les instances compétentes à partir d'un recueil des demandes. Par ailleurs, toutes les associations et tous les mouvements pédagogiques qui organisent de la formation des enseignants doivent être encouragés et aidés.

  31. Ces propositions ne sont qu'une première étape dans la reconstruction nécessaire d'une utopie éducative pour faire face aux défis du XXIème siècle. Elles doivent être complétées et enrichies par tous les hommes et toutes les femmes qui croient plus que jamais nécessaire de « se souvenir du futur ».

    Philippe Meirieu - Page publiée le 07-02-2005

vendredi 4 février 2005

Nobody knows

Film japonais par Kore-Eda Hirokazu Quatre frères et soeurs vivent avec leur mère. L'ainé, Akira, s'occupe de ses jeunes frères et soeurs, chacun d'un père différent. Un matin d'hiver, leur mère disparaît et les enfants commencent à vivre seuls. Chacun pour soi. Les adultes sont comme des enfants. C'est l'apogée du "on fait comme on peut". Aucune rebellion, on se débrouille .. Dans le cadre du festival des fondus

Le Blog d'Ivan Noble

Echange entre un journaliste anglais Ivan Noble et ses lecteurs : résister par l'écrit, l'échange à la maladie : http://news.bbc.co.uk/1/hi/health/2253201.stm

mardi 1 février 2005

La frontière

Roman de Patrick Bard au Seuil

Des femmes, ouvrières mexicaines sont assassinées, violées.. Oeuvre d'un fou? Rites sataniques? Où plutôt, assassinats organisés par les multinationales qui ont trouvé à cet endroit (sur la frontière) la possibilité de produire à des prix dérisoires et avec des conditions de travail déplorables pour les employées : pollution, harcèlement..
Le dumping social et écologique aux portes des Etats Unis
On rencontre des militantes des droits de l'homme qui résistent face à un ennemi qui a participé au coup d'état contre Allende au Chili.