Entretien avec cette conseillère conjugale et thérapeute de couple.
Dans votre dernier livre, C'est de ta faute ! (éd.
Desclée de Brouwer, 162 p., 18 €), vous soulignez que les relations
sexuelles sont par excellence le lieu du décalage entre les partenaires
d'un couple. Est-ce à dire que quand le sexe va, tout va ?
Spontanément, je réponds oui ! Le sexe est un moyen d'expression
extraordinaire, peut-être le premier. Si un couple parvient à bien
communiquer sur ce plan-là, cela veut dire en général qu'il communique
aussi verbalement et dans ses actes. La sexualité présuppose toujours
une confiance, un abandon : lorsqu'elle fonctionne bien, c'est la preuve
qu'il existe dans le couple une réelle harmonie.
S'il est un domaine, en effet, où la différence entre hommes et
femmes s'exprime dans toutes ses contradictions, c'est bien celui-ci ! Et
l'éternel malentendu entre celui dont la sexualité est "toujours prête"
et celle dont les priorités sont ailleurs ne peut que semer ses graines
de discorde. Surtout si l'on veut ignorer ces différences physiques et
psychiques, et que l'on accumule autour de la sexualité des griefs
respectifs liés à l'incompréhension du comportement de l'autre. Si on
ne s'autorise pas à penser que cet autre-là, en apparence si familier,
peut venir d'une planète différente de la sienne, c'est l'impasse !
Et cette différence fondamentale ne serait pas suffisamment prise
en compte par les conjoints ?
Pas assez pour essayer de se comprendre, du moins chez de nombreux
couples qui consultent pour mésentente... Je suis frappée de voir à
quel point hommes et femme ne se connaissent pas, alors même qu'ils sont
désormais élevés ensemble, depuis la maternelle jusqu'aux études supérieures.
Ils ne connaissent bien souvent que ce qui les rassemble, pas ce qui les sépare.
Et cette tendance est d'autant plus marquée de nos jours que la différence
entre les sexes est devenue politiquement incorrecte, alors que tenter de
la nier ne fait qu'amplifier les malentendus entre partenaires.
De manière générale, l'individualisme forcené de nos sociétés
modernes a entraîné une intolérance croissante vis-à-vis de l'autre
sexe, et une tendance de plus en plus marquée au désengagement. Je le
constate chaque jour au travers de mes consultations : même lorsqu'ils
sont liés par des sentiments d'amour, même lorsqu'ils sont de bonne
volonté pour faire durer leur couple, les conjoints passent de plus en
plus vite de l'état de partenaires à celui d'adversaires.
Et quels sont les objets de leur rivalité ?
Pour l'essentiel, le pouvoir que chacun exerce sur l'autre - pouvoir
qu'aucune des deux parties, le plus souvent, n'accepte d'ailleurs de
reconnaître ! Quand je demande : "Dans votre couple, qui a le
plus de pouvoir ?", il y a généralement un grand silence...
Comme si j'avais posé une question taboue, une question bien plus indiscrète
que celle qui concerne les rapports sexuels. Et l'on me répond le plus
souvent que le pouvoir, c'est l'autre !
Alors qu'il s'agit en fait, dans les couples d'aujourd'hui, de la chose
la mieux partagée. La force physique de l'homme lui confère un pouvoir
latent mais incontestable de domination, assorti d'un pouvoir de
protection. Quant à la femme, elle possède l'immense pouvoir de la
maternité, dont elle ne se prive pas d'user - sur ses enfants, voire sur
son homme -, et même d'abuser... Sans pour autant en admettre la
puissance.
De même, affirmez-vous, les femmes ignorent à quel point elles
peuvent faire peur aux hommes...
Il s'agit d'une peur archaïque, très profonde et souvent
inconsciente. Peur du sexe féminin, peur aussi du mystère que représente
la femme... à quoi s'ajoute aujourd'hui la peur - presque consciente
cette fois - des nouveaux pouvoirs de la femme. Mais les femmes aussi ont
peur des hommes, et doublement : il y a chez elles la même peur archaïque,
parfois très violente, du sexe masculin, ainsi qu'une peur sociale face
au pouvoir traditionnel des hommes. Dans un couple durable, cette peur
inconsciente que chaque sexe éprouve face à l'autre est une donnée de
base. C'est la compagne invisible du désir, et elle n'est jamais indifférente
à la genèse des conflits.
Peur, pouvoir, rivalité... Dépasser ces mouvements intérieurs
permet-il d'éviter la guerre des sexes ?
Les dépasser, ce n'est pas toujours possible. Mais les reconnaître,
les accepter comme tels, c'est déjà avancer d'un grand pas vers l'autre.
De même est-il essentiel à la bonne santé d'un couple de préserver des
moments d'intimité, de les programmer de façon volontaire - même si le
repassage n'est pas terminé, même si le match à la télé va commencer.
D'apprendre à se parler, à s'écouter. Avec une seule condition
incontournable : le désir réel, profond, d'établir ou de maintenir une
relation de confiance.
Propos recueillis par Catherine Vincent