(...) Quelles questions cela pose-t-il ? La distinction entre espaces et pratiques publics et privés est aujourd’hui essentielle dans notre imaginaire, dans notre droit, dans la manière dont nous organisons et régulons la vie commune. Elle fonde beaucoup de débats politiques, elle s’exprime au plan économique par la spécialisation d’entreprises dont les mariages sont souvent difficiles : médias et télécoms, par exemple. En brouillant ces distinctions bien établies, en peuplant les territoires intermédiaires au point qu’il devient difficile de savoir où sont les limites, nous effaçons quelques-uns de nos repères les plus fondamentaux. Quelles limites fixer à la diffusion (potentiellement mondiale) de nos colères et de nos plaisirs personnels ? Quelles limites à notre voyeurisme, à notre désir de contrôle - et si nous-mêmes n’en avons pas de bien définies, comment fixer celles des entreprises et des Etats ? Qui assume la responsabilité de propos ou d’images qui, distribués de manière automatique un peu partout sur la Toile, deviennent pratiquement impossible à retirer de la circulation ? Comment mémoriser ce qui en vaut la peine et charitablement oublier les propos de potache qu’on pourrait ressortir dans 30 ans, quand leur auteur sera devenu ministre ? (...) La conversation continue Il ne peut pas aller sans conséquence qu’un adolescent sur deux considère comme normal le fait de publier ses intérêts, expériences, désirs, délires et détestations ; qu’il se crée un blog toutes les secondes ; que le statut naturel d’une publication soit de s’ouvrir à l’échange avec ses lecteurs ; qu’il soit possible de rendre toute sa vie publique et qu’il se trouve en plus des gens pour s’y intéresser au point de la commenter ; que des communautés naissent, agissent, meurent, mutent en ligne tout le temps, transcendant les frontières géographiques, culturelles ou professionnelles ; que tous les albums photo du monde deviennent accessibles en ligne ; que le fait de mettre à disposition ses boîtes à outils d’informations et de relations devienne une sorte de norme sociale… (..) Lu sur internet actu :

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