J'ai découvert Annie Ernaux avec "la Place". Roman qui nous contait l'histoire d'une jeune fille (Annie Ernaux), fille de petits commerçants, entrant au lycée, à une époque où peu d'enfants du peuple suivait ce chemin. Sensation de trahir sa classe sociale, coupure avec ses parents.. Mais en même temps, impression de ne plus avoir d'ancrage. J'ai continué à suivre les écrits d'Annie Ernaux, de plus en plus proches du "reportage autobiographique" à travers "une femme", où elle faisait le récit de la mort de sa mère. Dans "la vie extérieure", c'est un récit presque sociologique qu'elle nous proposait sur la vie dans les cités.

Individus, nous sommes, mais notre histoire personnelle rencontre celle de la société dans laquelle nous vivons. C'est ce qu'il y a de collectif dans notre vécu qu' Annie Ernaux essaye de faire émerger. Toute sa vie retracée à travers ses autres écrits sont repris ici, de façon chronologique. L'enfance et l'adolescence, les années universitaires, 1968, la vie en famille, le divorce, 1981 et l'arrivée de la gauche au pouvoir, la désillusion, ses aventures amoureuses, ..
"Les photos retrouvées à différents moments de sa vie sont propices à nous faire faire un retour en arrière. Qu'est-ce qui changeait au moment de la photo, qu'est-ce qui a changé? "On s'attachait à des objets et des photos de famille, étonnés d'en avoir perdu sans chagrin dans les années soixante-dix quand ils nous manquent tant aujourd'hui. On avait besoin de "se ressourcer". De tous cotés montait l'exigence de racines."
"Les signes de changements collectifs ne sont pas perceptibles dans la particularité des vies, sauf peut-être dans le dégoût et la fatigue qui font penser secrètement "rien ne changera donc jamais" à des milliers d'individus en même temps".

Un très beau texte qui vaut beaucoup d'essais sociologiques.
Pour aller plus loin avec l'auteure..

Rencontre avec Annie Ernaux dans Télérama
Critique de Philippe Lançon
sur Libé