Très belle interview d'Annie Erneaux dans le Monde de l'éducation de mai, tout à fait dans la ligne de son dernier livre "les années".
Elle se décrit comme "ethnologue d'elle même" et l'auteur de l'article parle à son propos "d'œuvre "sociobiographique" qui intrique l'intime au collectif".
Dans une période de restauration pédagogique, elle affirme l'apport de mai 68 qui a fait "surgir l'interrogation des présupposés : pourquoi apprendre ceci plutôt que cela,? Travailler, mais pour quoi faire? S'intégrer, mais à quoi?"
"J'aime André Breton et les surréalistes, qui ne réduisent pas la littérature à l'art, mais y cherchent une envie folle  de changer la vie".

Dans un autre genre mais dans la même tonalité, un très beau et très fort documentaire hier soir sur France 3 : "Roubaix, commissariat central".
On y découvre la vie de tous les jours d'un commissariat. Sans voyeurisme, ni complaisance, Mosco Boucault, le réalisateur nous montre une réalité complexe. Qu'est-ce qui peut pousser deux jeunes femmes, certes alcooliques, paumées.. à tuer une grand-mère pour trois sous ?
Les scènes d'interrogatoires, de confrontations, de reconstitution sont terribles et banales. A quel moment, une personne devient-elle une criminelle? Ces femmes qui ont commis l'irréparable restent, et le reportage nous le fait sentir terriblement humaines.
Les romans policiers nous l'apprennent chaque jour. Le métier de policier doit être effrayant, destructurant, deshumanisant. Comment ne pas se replier sur soi, devenir cynique, alcoolique, fou.. quand on doit faire raconter à une petite fille le viol qu'elle a subi et l'emmener sur le lieu de ce crime pour tenter de profiler le violeur?
La critique de Télérama
Rediffusion : Mercredi 30 avril 2008 : FRANCE 3 02h55