La Mer pour horizon

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mardi 29 avril 2008

Interview d'Annie Ernaux et documentaire "Commissariat central à Roubaix"

Très belle interview d'Annie Erneaux dans le Monde de l'éducation de mai, tout à fait dans la ligne de son dernier livre "les années".
Elle se décrit comme "ethnologue d'elle même" et l'auteur de l'article parle à son propos "d'œuvre "sociobiographique" qui intrique l'intime au collectif".
Dans une période de restauration pédagogique, elle affirme l'apport de mai 68 qui a fait "surgir l'interrogation des présupposés : pourquoi apprendre ceci plutôt que cela,? Travailler, mais pour quoi faire? S'intégrer, mais à quoi?"
"J'aime André Breton et les surréalistes, qui ne réduisent pas la littérature à l'art, mais y cherchent une envie folle  de changer la vie".

Dans un autre genre mais dans la même tonalité, un très beau et très fort documentaire hier soir sur France 3 : "Roubaix, commissariat central".
On y découvre la vie de tous les jours d'un commissariat. Sans voyeurisme, ni complaisance, Mosco Boucault, le réalisateur nous montre une réalité complexe. Qu'est-ce qui peut pousser deux jeunes femmes, certes alcooliques, paumées.. à tuer une grand-mère pour trois sous ?
Les scènes d'interrogatoires, de confrontations, de reconstitution sont terribles et banales. A quel moment, une personne devient-elle une criminelle? Ces femmes qui ont commis l'irréparable restent, et le reportage nous le fait sentir terriblement humaines.
Les romans policiers nous l'apprennent chaque jour. Le métier de policier doit être effrayant, destructurant, deshumanisant. Comment ne pas se replier sur soi, devenir cynique, alcoolique, fou.. quand on doit faire raconter à une petite fille le viol qu'elle a subi et l'emmener sur le lieu de ce crime pour tenter de profiler le violeur?
La critique de Télérama
Rediffusion : Mercredi 30 avril 2008 : FRANCE 3 02h55

lundi 28 avril 2008

La reine dans le palais des courants d'air, Millenium3, Stieg Larsson, Actes sud

Ca y est l'aventure est terminée.. Je vais devoir quitter Lisbeth Salander. 
Dans ce troisième tome, Lisbeth  découvre que malgré ses cotés sauvageonne, un tissu amical très fort
s'est tissé autour d'elle. Elle qui s'est refermée à l'intérieur d'elle même, n'attend rien des autres, de la société va être épaulée par une quantité impressionnante de personnes .
Au début du volume, Lisbeth arrive aux urgences dans un état très critique. Un complot organisé par une fraction secrète des services secrets suédois va tenter de la faire interner à vie. Ils peuvent s'appuyer sur un juge avide de pouvoir, un psychiatre sadique, des policiers simplistes.. En face, une coalition efficace rassemble ses amis de Millenium, de Milton security, des policiers consciencieux.. Ils vont réussir à convaincre la hiérarchie des services secrets et même le plus haut sommet de l'état. De son coté Lisbeth n'est pas restée inactive. De son lieu d'enfermement, elle réussit grâce à un petit ordinateur à entrer dans certains réseaux informatiques aidées par ses amis hackers..
On quitte avec tristesse comme Bouquin et par force tous ces personnages très attachants..
Plus sur le blog de Sylvie

dimanche 27 avril 2008

Bon anniversaire Scylla, Klezmer, Joann Sfar, Gallimard

Deuxième tome de Klezmer. Toujours beaucoup de couleurs, des aquarelles qui font penser à Chagall, de la poésie... Des musiciens fous font vibrer une vieille dame en lui jouant et en lui chantant des chansons Yiddish. Le jeune Yaacov se demande s'il est amoureux de la belle Hava. Ils se retrouvent tous les deux, nus, les yeux bandés dans une superbe baignoire du palais où ils présentent leur concert..
Et Sfar qui nous explique comment il crée ses aquarelles...
Le site de Sfar

samedi 26 avril 2008

Stieg Larsson et Millenium

Un article passionnant sur Stieg Larsson, le créateur de Millenium, paru dans le Monde du 23 avril, sous la plume d'Annick Cojean.

On découvre un écrivain qui ressemblent à ses livres....
"C'est l'histoire d'un homme qui aimait tant les femmes qu'il avait fait de son engagement féministe la pierre angulaire de sa vie. Il aimait travailler avec elles, y compris sous leurs ordres ; il les jugeait plus courageuses et moins hâbleuses que la plupart des hommes. Les violences à leur égard le mettaient hors de lui."
"Ils haïssaient les conformismes, les sectarismes, les compromis, unis dans la même détestation d'une histoire que la Suède répugnait à solder - celle de ses liens avec l'Allemagne hitlérienne - et de son reliquat néonazi."
"Un journaliste généreux et bohème, aussi désargenté que peu carriériste, qui mit dans son oeuvre de fiction écrite les deux dernières années de sa vie la somme des expériences acquises au cours des quarante-huit premières. « Ce sont bien plus que des romans policiers, insiste Eva, sa compagne. On y retrouve les valeurs héritées de son enfance, ses engagements, sa conviction que les individus peuvent trouver en eux-mêmes la force de changer leur destin. Et c'est sa voix que l'on entend. Ce talent de conteur que partagent les gens du Nord et qui conduisait Stieg à nous passionner, nous faire rire, vibrer, par ses milliers d'histoires. »"
Malheureusement, au décès brutal de Stieg, ce n'est pas sa compagne qui va pouvoir poursuivre les projets engagés ensemble grâce à l'argent gagné mais un père et un frère très loin des idéaux de ce couple généreux et engagé..

lundi 21 avril 2008

La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, Millenium2, Stieg Larsson, Actes sud

Après le premier volume, J'ai attendu quelques temps avant d'entamer le second. J'ai retrouvé avec plaisir ses héros et surtout Lisbeth Salander. Elle devient le personnage le plus important de ce livre  et ce n'est que justice. Lisbeth se trouve confrontée à une histoire qui concerne son passé, son présent et son avenir. De retour de voyage où elle n'a pu s'empêcher de régler leur comptes à des hommes violents avec leurs femmes, elle se retrouve rattrapée par l'avocat Nils Bjurman qui souhaite se venger d'elle. Au même moment, Mickael Blomkvist et l'équipe de Millenium ont embauché un nouveau journaliste qui doit sortir un livre brûlot. Il s'agit de dénoncer des trafics de femmes venant des pays de l'est dans lesquels des politiciens, des policiers, des juges sont impliqués. L'auteur du livre ainsi que sa compagne sont assassinés en même temps que Bjurman et Lisbeth est accusée des crimes. Au cours de l'enquête, tout va jouer contre elle. Son histoire apparente, son manque de sens social.. Heureusement, elle a de nombreux amis rencontrés au cours du premier tome. Et elle a de nombreux atouts dans sa poche : sa capacité à se jouer des systèmes de sécurité des réseaux informatiqueset à se battre même contre des montagnes de muscles.Comme le dit l'un de ses amis, ex-employeur :
"Elle ne fait absolument rien qu'elle n'a pas envie de faire. Elle se fiche royalement de ce que les autres peuvent penser d'elle..Elle ne fait rien qu'elle n'ait pas une raison de faire.."
Les autres personnages de la série sont aussi très attachants. Bien sûr Mickael mais aussi ses collègues de Millenium : Erika et Malou..
J'entame vite le troisième tome.


D'autres en parlent Bouquin, Camille..

dimanche 20 avril 2008

Marie, magasin général, Loisel et Tripp, Casterman

Retrouvé Loisel à Perros Guirrec à travers une exposition sur la série : "Magasin général". C'est un projet étonnant. Un travail à deux sur le dessin. Le premier jet donné par Loisel, le rendu final par Tripp.
Dans ce premier volume, on se retrouve au Québec, dans un petit village. Le mari de Marie vient de mourir. Ils tenaient ensemble le seul magasin du village, une grande quincaillerie. C'est un élément essentiel de lien avec l'extérieur pour les habitants. Marie sera-t'elle capable de faire face à cette charge très lourde pour une femme seule? L'album nous fait découvrir une communauté avec ses rivalités, ses moments de convivialité..
Tout ceci avec des textes à l'accent québécois..
Plus sur le site de Loisel

samedi 19 avril 2008

Mes soixante Huîtres, JB Pouy, Ed Folies d'encre

Des idées qui ne sont pas mortes.. C'est le "message" de ce petit livre où JB Pouy nous raconte l'histoire d'un père de famille, ancien soixantehuitard, confronté au conformisme de ses enfants. Avoir remis tant de choses en cause : famille, travail, société.. Et se trouver conduit à jouer le même rôle que ses parents à la demande de ses propres enfants...
Le récit est ponctué de slogans toujours d'actualité comme : "Commencez par rêver", "Manquer d'imagination, c'est ne pas imaginer le manque", "Explorons le hasard", "L'action ne doit pas être une réaction, mais une création", "A bas le sommaire, vive l'éphémère"...
Un souffle dans cette période commémorative!!!

mercredi 16 avril 2008

Aime moi Casanova, Antoine Chainas, Série Noire

Je ne sais que penser de ce livre sur lequel les avis sont partagés.
Milo Rojevic est inspecteur de police. Il passe plus de temps à courir tout ce qui porte jupon que de mener les enquêtes qui lui sont confiées. D'où son surnom de Casanova. Un jour, son "binôme" disparaît. Milo va devoir mener une enquête qui va l'amener à découvrir des relations douteuses chez ses chefs et collègues. Celle-ci  va l'amener aussi à rencontrer une dresseuse de chiens aveugle et zoophile, une psy (ancienne femme de son collègue) dévoreuse d'hommes.. Elle va surtout le conduire à découvrir ses propres failles...
La critique de Marc Villard, celle d'Hubert Artus

jeudi 10 avril 2008

Les baraques du Globe, Didier Daeninckx, Terre de Brume

Didier Daeninckx est un traqueur d'histoires cachées. En particulier, celle de ces algériens jetés à la Seine pendant la guerre d'Algérie.. Ici, c'est  sa propre histoire familiale qu'il nous raconte . Celle de ses grands parents, habitants d'Aubervillers. On le sent ému de nous conter la vie de ces prolétaires du début du 20ième siècle. Leur amour des outils, leur solidarité.. 
"Dans la pénombre, Fernand affûtait ses outils à la meule. Il fabriquait des étagères, réparait les meubles, consolidait les chaises. Ses mains calleuses transformaient de vulgaires morceaux de bois en épées auprès desquelles Durandal perdait de sa superbe, en baguettes magiques, .."
Un récit émouvant et tendre qui est superbement illustré de dessins de Didier Collobert.

On peut voir et écouter Didier Daeninckx raconter l'histoire de ce livre ici

mardi 8 avril 2008

Bonne santé, Charles Masson, Casterman

On l'a tous entendu chaque année, au moment des vœux : "Et surtout bonne santé". On ne sait pas à qui s'adresse ce souhait, quel est son état de santé..
Charles Masson est médecin et dessinateur de BD. Cette coutume le hérisse. Lui qui est confronté à la mort, celle de ses patients. Dans cet album, il essaye de nous faire vivre la difficulté du médecin à annoncer la mauvaise nouvelle : un cancer, la mort d'un parent.. Il nous dit aussi les rituels, les blagues de potache qui aident à dépasser la difficulté devant la mort. Mais aussi, l'habitude qui s'installe, l'indifférence parfois...
Un très bel album.

lundi 7 avril 2008

Pourquoi j'ai tué Pierre, Olivier Ka, Alfred et Henri Meunier, Delcourt

Un très bel album. L'enfance, une période de découverte. Olivier a des parents baba cool, des grands parents catho.. Il essaye de se faire son opinion sur la religion entre l'athéisme cool des parents et la foi naïve des grands parents. Un jour, Pierre, un prêtre "moderne", militant des droits de l'homme entre dans la vie de la famille. Son non conformisme attire la sympathie des parents . Olivier accepte de partir avec lui en vacances. Une relation singulière se crée entre les deux personnes. Et ce que l'on attend arrive.. Le mal est fait mais Olivier réussira à dire l'indicible, à affronter son violeur. Un récit sobre et fort.

Plus sur BD Gest
"Ce qui fait la force, et la cruauté évidemment, de ce récit c’est son authenticité, admirablement servie par une présentation d’une clarté (un sang-froid ?) exemplaire. C’est aussi cette mise en images et en couleurs étourdissante de simplicité apparente, d’audace, qui a su transcrire les changements d’époque, les tempêtes intérieures, la candeur, la rage."
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vendredi 4 avril 2008

"Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous", Laurie Lynn Drummond, Rivages

"Nous sommes resté assis en silence, nos mains tout juste en contact, à écouter les feuilles trembler au-dessus de nos têtes". 
Ainsi se termine ce très beau recueil de nouvelles bâti autour de vie de femmes policières. Il y a Katherine, la femme forte, le modèle qui arrive à ne pas laisser apparaître la peur qu'elle cache en elle. Liz, qui ne supporte pas la mort.  Mona, devenue flic malgré un très mauvais exemple paternel. Cathy, celle qui écoute, qui essaye de se mettre en empathie avec les victimes. Et puis Sarah, la révoltée, celle qui refuse d'accepter les violences faites aux femmes mais aussi le mensonge.
Des portraits de femmes, confrontées à la violence de leur travail, dans leur travail.. Des femmes, qui humblement font évoluer le métier de flic.
"Qui parle pour les morts? Personne. En règle générale, personne ne parle pour les morts, si nous ne le faisons pas".
Pour en savoir plus

mercredi 2 avril 2008

Ken Bruen sur Bibliosurf

Juste pour signaler une interview de Ken Bruen sur Bibliosurf. J'ai beaucoup aimé Delirium tremens. Ken Bruen est un auteur qui cultive l'humanité, la tendresse. Ses romans sont poésie, humour amer..
"Les livres ne sauveront sans doute pas le monde, mais ils nous aident à supporter sa folie, et tant que les gens liront, il y aura un peu d’espoir."