La Mer pour horizon

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lundi 19 février 2007

Responsabilité individuelle et collective

Dans un beau billet du Monde, Jean Michel Dumay, s'appuie sur l'exemple de ce jeune chômeur du Nord de la France obligé de creuser lui même la tombe de son père par manque de moyens, pour porter un regard sur notre société où l'individu est renvoyé à lui même.
Autant autrefois, la société pouvait être oppressante car tout était codifié par le groupe, autant aujourd'hui "l'individu se voit confier la responsabilité de son destin".Or "confronté à l'incertain, aux décisions personnelles, aux choix de vie et engagements, l'individu est déstabilisé, dérouté. Il souffre", notait Alain Erhenberg (La Fatigue d'être soi, Odile Jacob, 1998).
"Cela laisse des traces : une société fondée sur la sollicitation permanente de soi provoque facilement des dépressions, un affaiblissement de l'estime de soi, une fragilité, qui ouvre la porte au sentiment d'humiliation. Un geste, un regard, une parole... Le sentiment est à son comble quand survient la chute, ou quand naît seulement sa peur. Quand vient aussi le temps de ne plus pouvoir consommer dans une société qui invite perpétuellement à le faire."
"Que possède-t-on lorsqu'on n'a rien que soi-même ?"Hannah Arendt

mardi 6 février 2007

Appel : « Pourquoi nous consentons à l’impôt »

Nous, soussignés, assujettis à l’impôt sur le revenu, et pour certains d’entre nous, à l’impôt de solidarité sur la fortune, considérons ces prélèvements comme légitimes et sommes fiers d’apporter ainsi notre contribution aux dépenses publiques nécessaires au progrès, à la cohésion sociale et à la sécurité de la nation. Nous considérons également qu’un impôt progressif sur les successions est le corollaire indispensable des libertés économiques offertes par l’économie de marché. Le marché est facteur de progrès parce qu’il permet à l’esprit d’entreprise de s’exprimer. Mais les inégalités qu’il engendre sont mortifères pour la démocratie si aucune limite n’est mise à la transmission héréditaire de la richesse. Celle-ci doit être acquise par le travail, par le talent, et non par le simple fait d’avoir hérité de ses parents. Une société où le pouvoir économique se transmet par héritage, est une société condamnée à une croissance lente, où les rentiers l’emportent sur les créateurs et où travail et mérite perdent toute valeur.

L’Etat doit bien sûr savoir se réformer. Augmenter les impôts n’est pas une fin en soi et la liberté de chacun passe par la libre disposition d’une large part du fruit de son travail. Mais voir des candidats à la magistrature suprême proposer des mesures démagogiques en matière fiscale et justifier la sécession sociale des plus riches nous consterne. Car nos revenus ne proviennent pas seulement de notre talent personnel. Ils ont été acquis par notre travail, mais celui-ci ne porterait pas ses fruits sans le stock d’infrastructures, d’innovations, de savoir-faire, de goût d’entreprendre, de lien social, qui nous a été transmis par les générations qui nous ont précédés. C’est cet héritage commun qu’il nous revient de préserver et de développer en priorité afin d’assurer la qualité actuelle et future de notre vie individuelle et collective. Ce qui passe par un niveau élevé de dépenses publiques. Ces dépenses ne sont pas seulement un coût, elles sont aussi un investissement, gage à la fois de justice et de dynamisme. C’est pourquoi nous consentons à l’impôt et récusons des baisses de la fiscalité dont la contrepartie serait l’insuffisance des moyens donnés à la protection sociale des plus pauvres, à l’éducation, à la recherche, à la santé, au logement ou encore à l’environnement.

Cet appel, lancé à l'initiative du mensuel Alternatives Economiques a déjà reçu le soutien de :
Jean-Marie Albertini, économiste, Fadela Amara, Max Armanet, journaliste, Philippe Askenazy, économiste, François Baraduc, chef d’entreprise et vice-président du Conseil général du Rhône, Pierre Besançon, Vice président du Conseil économique et social régional de Franche Comté, Christophe Bigot, avocat, Vincent Boggio, médecin, Gaby Bonnand, secrétaire national de la CFDT, Noël Bouttier, rédacteur en chef de Témoignage chrétien, Robert Boyer, économiste, Anton Brender, économiste, Bernard Carrère, animateur d’association, Luc Champagne, cadre supérieur, Louis Chauvel, sociologue, Christian Chavagneux, rédacteur en chef de l’Economie politique,
voir la liste complete des signataires et signer la pétition

Pour la liberté d'expression

"Nous soutenons Charlie Hebdo et le droit de critiquer toutes les religions Le procès qui s'ouvre au Tribunal de grande instance de Paris du 7 au 8 février 2007 est d'une extrême importance. Charlie Hebdo est poursuivi pour avoir republié les douze dessins danois du Jyllands-Posten sur Mahomet. Dans un contexte où des intégristes menaçaient de mort quiconque osait soutenir les journaux et pays pris pour cibles, ce journal a choisi de rester fidèle à sa tradition de liberté de ton et d'expression envers toutes les religions et tous leurs symboles : le pape comme Mahomet. Il l'a fait en mettant ces douze dessins à disposition du grand public, afin qu'il se fasse une opinion par lui-même. Pour ne pas céder aux injonctions intégristes. Par solidarité avec Jacques Lefranc, rédacteur en chef de France-Soir, qui venait d'être licencié pour avoir eu ce courage. Parce que si tous les journaux d'Europe avaient fait de même, l'intimidation des extrémistes aurait échoué. Parce que si tous les journaux d'Europe s'étaient pliés à cette injonction, leur silence aurait signé la victoire des extrémistes. Malgré ce climat, des organisations musulmanes traditionnelles (la Mosquée de Paris), intégristes (l'UOIF) et même l'un des bailleurs de fonds de l'islam extrémiste wahhabite en provenance d'Arabie Saoudite (la Ligue islamique) ont choisi d'ajouter à l'intimidation une menace judiciaire en intentant à Charlie Hebdo, au titre des lois antiracistes, un procès pour "injures publiques à l'égard d'un groupe de personnes à raison de leur religion". Deux dessins sont visés : celui montrant Mahomet avec une bombe dans son turban, mais aussi celui où Mahomet freine un groupe de kamikazes par cette annonce : "Stop, on n'a plus de vierges en stock." La couverture du numéro, où Cabu représente un Mahomet "débordé par les intégristes" et qui les désavoue ("C'est dur d'être aimé par des cons") est également poursuivie pour "injures", alors qu'elle visait justement à montrer un Mahomet se désolidarisant des extrémistes. C'est dire la confusion entretenue par cette plainte contre un journal qui combat depuis toujours à la fois le racisme et l'intégrisme. Nous refusons cet amalgame, facilité par l'utilisation abusive du mot "islamophobie", consistant à confondre la critique légitime de l'extrémisme islamiste et du terrorisme instrumentalisant les symboles de l'islam avec du racisme à l'encontre des individus de religion musulmane. Certains nous disent aujourd'hui que le contexte géopolitique devrait inciter à la prudence, voire au silence. C'est tout le contraire. La liberté d'expression et la laïcité ont besoin d'être réaffirmées comme rarement. Ceux qui résistent à l'intégrisme n'ont que la plume et le crayon pour faire face aux menaces. Des démocrates du monde entier, notamment musulmans, espèrent trouver en Europe, et tout particulièrement en France, un havre laïque où leur parole n'est entravée ni par la dictature ni par l'intégrisme. Si Charlie Hebdo venait à être condamné, si l'autocensure généralisée devait faire jurisprudence, nous perdrions tous cet espace commun de résistance et de liberté. Pour ces raisons, nous soutenons Charlie Hebdo et le droit de continuer à critiquer toutes les religions sans exception". - Pour signer la pétition cliquer ici